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Politique industrielle canadienne: être ouvert, mais avec conditions

  • Photo du rédacteur: Martin Lessard
    Martin Lessard
  • 23 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 déc. 2025


À l’ère de la fragmentation économique


Note stratégique fictive – non partisane


Un débat nécessaire, mais encore trop étroit


La décision de General Motors de mettre fin à la production de véhicules électriques à l’usine de CAMI à Ingersoll a suscité des réactions compréhensibles : inquiétude pour l’emploi, questionnements sur l’efficacité des subventions publiques, débats sur les quotas et les mesures de rétorsion commerciale.


Ces discussions sont légitimes.

Mais elles demeurent incomplètes.


Car au-delà du cas GM, c’est une question plus fondamentale qui se pose :

le Canada dispose-t-il encore d’une politique industrielle à la hauteur du monde dans lequel il évolue aujourd’hui ?





Le monde économique n’est plus neutre


Ce que plusieurs interprètent comme des frictions commerciales, des décisions opportunistes ou un certain désordre conjoncturel ressemble de plus en plus à une reconfiguration stratégique assumée des chaînes de valeur mondiales.


Les grandes économies cherchent à :


  • sécuriser leurs approvisionnements,

  • réduire leurs dépendances jugées critiques,

  • renforcer leur souveraineté économique,

  • et maximiser leur pouvoir de négociation à long terme.


Dans ce contexte, les décisions industrielles ne sont plus uniquement dictées par le marché.

Elles sont profondément politiques, même lorsqu’elles sont présentées comme purement économiques.


Le Canada n’échappe pas à cette réalité — mais il tarde encore à l’assumer pleinement.




GM n’est pas le problème. Le cadre l’est.


Il est tentant de personnaliser le débat ou de moraliser les décisions d’entreprise.

Mais GM, comme toute multinationale, a fait ce que font les entreprises rationnelles : arbitrer entre différentes juridictions en fonction des coûts, des incitatifs, des risques et de la prévisibilité des politiques publiques.


La question centrale n’est donc pas :

Pourquoi GM a-t-elle pris cette décision ?

Mais plutôt :

Pourquoi le cadre canadien permet-il que ce type de décision ait des conséquences aussi limitées pour l’entreprise, malgré l’importance stratégique des actifs concernés ?

Autrement dit, le problème n’est pas l’arbitrage.

C’est l’absence de leviers suffisamment clairs, cohérents et assumés.




Être un pays ouvert ne signifie pas être un pays sans conditions


Le Canada se définit — à juste titre — comme une économie ouverte, accueillante et stable.

Cette ouverture a longtemps été un avantage compétitif.


Mais dans un monde où :


  • les États-Unis pratiquent un nationalisme économique assumé,

  • l’Europe protège activement ses chaînes de valeur,

  • et plusieurs pays conditionnent désormais l’accès à leur marché,


L’ouverture sans contrepartie devient une faiblesse stratégique.


Être ouvert ne signifie pas :


  • accorder des avantages sans engagements mesurables,

  • subventionner des activités facilement délocalisables,

  • ou accepter que des actifs stratégiques deviennent des variables d’ajustement.




Vers une politique industrielle canadienne plus moderne


Le Canada n’a pas besoin d’un retour au protectionnisme ni d’une planification centralisée. Il a besoin de règles du jeu claires, prévisibles et assumées.


Voici quelques principes qui pourraient structurer une politique industrielle contemporaine.



1. La réciprocité comme fondement


L’accès au marché canadien, aux subventions et aux avantages fiscaux doit être lié à des engagements concrets : production locale, investissements durables, création de valeur mesurable.



2. La conditionnalité des incitatifs


Les aides publiques doivent être associées à des résultats.

Lorsque les engagements ne sont pas respectés, les avantages doivent pouvoir être ajustés ou retirés de façon automatique et transparente.



3. Une diversification stratégique des partenaires


L’ouverture économique n’exclut pas la stratégie.

Le Canada doit se réserver le droit d’explorer différents partenariats industriels, selon ses intérêts à long terme, sans tabou ni naïveté.



4. Une souveraineté ciblée


Le Canada ne peut tout produire, mais il doit choisir les maillons critiques qu’il souhaite maîtriser : énergie, batteries, données, logiciels, infrastructures, technologies climatiques.



5. Une prévisibilité contractuelle, pas idéologique


La stabilité est essentielle, mais elle doit être fondée sur des engagements réciproques, pas sur une confiance unilatérale.




Le message que le Canada devrait envoyer


Le Canada demeure ouvert à l’investissement international. Mais il attend en retour des engagements clairs, durables et mesurables.
Produire, investir et innover au Canada doit redevenir un avantage compétitif — pas une simple option.

Ce message n’est ni hostile ni idéologique.

Il est simplement aligné sur la réalité économique actuelle.




Conclusion : choisir la lucidité


Le débat déclenché par Ingersoll dépasse largement l’industrie automobile.

Il touche à la capacité du Canada à :


  • protéger sa base industrielle,

  • soutenir une transition économique socialement responsable,

  • et préserver sa marge de manœuvre dans un monde de plus en plus fragmenté.



La neutralité stratégique n’est plus suffisante. La lucidité, elle, est devenue indispensable.


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À propos de Convenio

Convenio accompagne les dirigeants et conseils d’administration dans la définition et la mise en œuvre de stratégies de croissance, de transformation numérique et de création de valeur durable, à l’intersection des enjeux économiques, technologiques et organisationnels.





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